Inventé en 1726 par l’Italien Bartoloméo Cristofori, le piano était le premier instrument à clavier possédant la capacité de jouer avec des nuances dynamiques d’où son nom « pianoforte » (piano = doux, forte = fort) Alors instrument délicat, il passa par plusieurs améliorations pour devenir l’instrument riche et puissant que l’on connaît aujourd’hui. La complexité de sa construction, la science impliquée dans sa facture et le délicat équilibre entre les forces qui contribuent à sa sonorité ne sont pas étranger à l’intimidation qu’il inspire aux pianistes. À la fois respecté par ces derniers, il reste néanmoins l’instrument le moins connu de ses interprètes d’où les nombreux mythes entourant sa construction.

Il est reconnu qu’un piano doit être accordé une fois par année mais les effets du temps sur l’accordage demandent quelques explications, simplifiées ici pour cet article.

Mon piano à queue Bluthner de collection

Mon Blüthner 7pi. circa 1893 à Dunham

La corde en métal source sonore du piano, ne déplace pas assez d’air pour produire un son perceptible par notre oreille et demande une surface vibratoire pour l’amplifier. La corde transmet donc sa vibration à une table d’harmonie en épinette d’un centimètre d’épaisseur via un chevalet d’érable de quatre centimètres d’épaisseur.

Avec sa surface de près de deux mètres carrés, la table d’harmonie est le haut-parleur du piano. Chaque corde a une tension de 175 livres et le piano en compte 235 pour une tension totale de 20 tonnes. Le pianoforte de Cristofori se serait littéralement replié sur lui-même. C’est le cadre en fonte qui supporte cette tension et c’est précisément cette tension qui est altéré par le temps.

Pour pouvoir jouer à l’unisson, tous les instruments d’aujourd’hui sont accordés au diapason c’est-à-dire au LA 440Hz (Hz = Hertz, vibrations à la seconde). Le taux idéal d’humidité pour conserver un piano au diapason se situe entre 35% et 60% mais nos hivers nous obligent à chauffer l’intérieur de nos maisons ce qui contribue à en diminuer son taux d’humidité.

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Le downbearing du pianoEn perdant son humidité le bois se rétrécit, donc les 5 centimètres d’épaisseur totale que représentent le chevalet et la table d’harmonie diminuent en volume abaissant ainsi la tension des cordes. Le piano descend. À l’inverse, les taux d’humidité de 90 à 100% rencontrés l’été, font augmenter l’épaisseur du chevalet et de la table d’harmonie en volume ayant pour effet de monter la tension des cordes.  Le piano monte.

Parce qu’il descend plus qu’il ne remonte, le piano doit être accordé tous les ans. Après deux ans et plus sans qu’il ne soit accordé, le piano a besoin de deux accordages pour le remettre au diapason. Contrairement à la croyance populaire, un piano aussi bas qu’un demi-ton peut être remit au diapason avec seulement deux accordages et le délai de 24 heures entre les deux n’est pas nécessaire. Il faut alors considérer les 20 tonnes de tension et comprendre que les premières cordes dont on a augmenté la tension seront de plus en plus lâches à mesure que l’on augmente la tension des autres cordes puisque chacune des cordes agit comme un serre joint.

Pour compenser cet effet de serre joint, le premier accordage sera fait plus haut que le LA 440 en commençant par les basses à 442Hz puis la région du milieu à 443Hz en progressant graduellement vers les hautes jusqu’à 445Hz. Après ce premier accordage, le piano est à 440Hz sur toute sa tessiture mais n’est pas encore parfaitement juste. C’est seulement après le deuxième accordage exécuté de la même façon qu’un accordage régulier que votre piano sera parfait puisque la tension de 20 tonnes ne sera pas altérée.

Votre piano est disponible beau temps, mauvais temps et même durant une panne d’électricité. S’il est bien accordé et entretenu, il en sortira toujours une belle musique. Prenez donc le temps d’en profiter.

Mario Bruneau, pianiste – accordeur  (819) 769-1407

www.mariobruneau.com

Cet article a paru dans le journal LE TOUR (Sutton-Dunham-Frelighsburg) Hiver 2005

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